mardi 22 juillet 2014

Cette belle idée du Clarté, Ambition, Courage



J’ai eu l’idée d’écrire ce texte suite à une réunion du mouvement en septembre dernier, puis je l’ai rédigé en février 2014. Je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas publié plus tôt. 
Le titre est une reprise du titre du livre de Ségolène Royal : « Cette belle idée du Courage ».
Bonne lecture.

Mon nom est Zineb Benhdech. J’ai 19 ans et je suis étudiante en médecine.
Ce qui va suivre est une partie de mon histoire, non pas pour vous ennuyer ni pour vous raconter ma vie, mais je souhaiterais décrire comment je suis arrivée au mouvement Clarté Ambition Courage.
Je suis née, j’ai grandi et j’ai appris à rouler le « r » à Fès, entre les manières et l’éducation de ma mère et des siens et les valeurs que m’inspirait mon père. 
Alors que je n’étais pas à l’école primaire, je m’étais déjà familiarisée avec les discussions et les débats politiques, les chaines tel Histoire ou LCP -que je n’appréciais nullement je dois dire-.
Là que j’y pense, j’ai eu des débuts communistes. Je me rappelle, même vaguement, que je ne voyais pas, étant enfant, l’intérêt d’avoir plusieurs sociétés de production d’huiles ou de farine. Une seule, appartenant à l’état, suffit. Au même âge, je ne comprenais pas pourquoi le secteur privé devait exister. Le tout doit être étatique. Et tous les citoyens doivent être fonctionnaires de l’état.
Ne m’en voulez pas, j’étais à la maternelle ou au CP.

Je n’avais pas 8 ans en 2002 lorsque Lionel Jospin n’a pas atteint le second tour des Présidentielles en France. J’avais à peine 8 ans quand l’USFP a remporté des législatives au Maroc, pour voir la direction du gouvernement revenir à un technocrate, pour voir l’Ittihad accepter quand même de participer au gouvernement. 
A l’instant où je parle, je ne sais pas ce qui s’est passé cette année là. Je me rappelle pourtant très bien de la lecture d’un article où Abderrahman el Yousfi s’interrogeait sur le choix porté sur Jettou -j’espère tellement retrouver ce billet-. Je me rappelle aussi des larmes des partisans du PS en France, tous effondrés de leur échec -l’image des larmes de la sœur de Jospin ce soir-là est encore devant mes yeux-. J’ignore quelles ont été mes pensées, mes idées, j’ignore même si je comprenais réellement ce qui se produisait, mais, pour une raison ou pour une autre, et à l’exception de certains événements, je n’ai plus rien suivi de la scène marocaine.  Je ne lisais plus les quelques demi-douzaines de journaux achetés quotidiennement par mon père, je ne l’accompagnais plus -ou presque- à certaines rencontres, ni même au défilé du 1er mai.
Je m'intéressais cependant énormément à l'histoire du Maroc; Amazighs, arrivée des Arabes, royaumes, protectorat, années de Plomb... ainsi qu'au passé des grands Hommes de la nation, notamment les visages de la Gauche. Et le soir, il m'arrivait de rêver de feux Abderrahim Bouabid et El Mehdi Benbarka répéter devant moi leurs discours que je lisais avant de dormir. 
Je me concentrais également sur le PS français, sur la reconstruction du parti, les déplacements de François Hollande, la préparation de Ségolène Royal aux Présidentielles…
En 2007 donc, deux nouvelles déceptions, deux énormes chutes ; celle de la grande dame socialiste ; Ségolène Royal -qui m’importait plus que tout son parti en cette période il faut dire - et l'autre de la grande union socialiste des forces populaires de l’autre côté de la Méditerranée. 
Retour aux sources, je redécouvrais le paysage politique marocain, les nouveaux visages, les nouveaux partis, les textes, les lois, étant cette fois-ci mieux préparée pour comprendre.
Je redécouvrais mon Maroc. Je découvrais que le Maroc et le Marocain ne croient pas beaucoup en la liberté, l’égalité et la fraternité (je n’ai jamais souhaité que mon Maroc ressemble à la France, mais j’estime que ces valeurs sont universelles). Je découvrais comment marchent la direction marocaine, l’école marocaine, l’hôpital marocain. Je découvrais qu’on ne séparait pas le religieux du politique. Je découvrais qu’on arrêtait des journalistes pour des articles ou des caricatures. Je découvrais qu'on ne respectait pas toujours une personne qui est de ville, d'origine ou de foi différente. 
Je découvrais parallèlement pourquoi le 1er ministre de 2002 n’avait pas été USFPiste, qu’un responsable dans mon pays ne sera pas forcément jugé s’il commet des infractions, qu’un journaliste n’a pas le droit de tout dire, qu’il n’existe pas de séparation entre le politique et l’intérêt personnel économique, que le plus petit des fonctionnaires abusera s’il en a l’occasion de son autorité, que mon choix en tant que citoyenne même avec la majorité ne mènera pas forcément à grand-chose, comment je ne vis pas dans un pays aussi démocratique que ce que je pensais, qu’il existe pour de vrai des metteurs en scène de la scène politique marocaine, qu’en fin de compte, nous ne sommes pas vraiment « l’exception marocaine ».
 محمود درويش: كم كذبنا حين قلنا: نحن استثناء

Je grandissais et je découvrais aussi qu’on dira du mal de moi si je porte une robe ou un short ou si un ami me tient la main en traversant la route -j’ai la phobie de traverser la route-, que la société dans laquelle je vis peut parfois être aussi paradoxale qu’hypocrite.


Quand j’aurai 18 ans, je ne me contenterai plus d’observer, je ferai de la politique


Mes valeurs sont claires et simples, et je serai là où je pourrai militer pour plus de liberté de croyance et de pratique, plus d’égalité des chances, plus de justice sociale, dans un environnement transparent et fidèle à ses principes.
En 2012, j’ai signé une pétition contre le TGV, sans trop chercher à savoir qui la lançait, puis, en 2013, le 6 juin 2013, j’ai assisté à la première réunion de la section de Fès du mouvement Clarté Ambition Courage, rencontre suite à laquelle je devenais (Clarté Ambition Courage)ienne.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce ce que je crois en un Maroc meilleur.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que ce mouvement représente tout ce que je pense et veux pour mon pays ; un état socio-démocrate, juste, équitable, civil.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je veux pour mes compatriotes un discours et un projet clairs, ambitieux et courageux.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que le parti qui en résultera n’aura pas de bâton magique et le reconnaitra. Ce parti ne promettra pas un taux de croissance de 5% en pleine crise ni la suppression du chômage, ni la réforme du système éducatif sans présenter de projet de société, une vraie stratégie, un vrai plan de route préalablement étudiés.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je veux que les dirigeants de demain soient responsables par-dessus tout ; je ne veux pas d’un premier ministre qui accordera une augmentation de salaires en pleine crise ou promettra aux chômeurs d'être embauchés directement pour répondre à des contestations ni d’un chef de gouvernement qui critiquera et accusera de corrompus les membres d’un parti pour les inviter au gouvernement moins de deux ans plus tard (entre autres)
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que la sacralité de la religion ne doit pas être salie pour des enjeux politiques, et que cela stipule sa séparation de l'état. 
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je ne veux pas qu’on insulte le citoyen marocain et qu’on lui jette de la poudre aux yeux au nom de la religion ou de tout autre point sensible.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je veux que les textes marocains reconnaissent le droit de tout citoyen à la différence.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je veux pour les générations de demain un accès à l’école publique et à un enseignement de qualité, un accès équitable aux hôpitaux marocains et de haute qualité dans les centres hospitaliers universitaires. 
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je veux de vraies réformes de la direction marocaine et un réel contrôle des établissements, des sociétés et des chantiers.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que j’estime que toute personne qui dirige doit être suivie, critiquée et jugée s’il le faut, et que, dans ce sens, la solution pour mon Maroc est une Monarchie parlementaire.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je veux que des enquêtes soient ouvertes quand un ancien ministre sera accusé de corruption et de détournement de fonds, et non pas que ce soit le journaliste qui passe devant le juge. 
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je crois qu’au-delà  de nos origines, de nos convictions religieuses ou politiques, nous sommes marocains parce que nous vivons sur une Terre commune et avons un passé commun.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que le Marocain a toujours été connu par sa générosité, son amabilité et son ouverture d’esprit, et que je trouve qu’il est impératif aujourd’hui qu’il le redevienne. 
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que vivre et sortir en sécurité me manquent cruellement.
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je veux travailler dans un groupe dynamique et convaincu de ne jamais abandonner ses principes quelles que soient les circonstances. 
Je suis à Clarté Ambition Courage parce que je ne vois pas d’autre alternative aujourd’hui pour le Maroc qu’une Gauche responsable, qui respecte ses engagements ainsi que la dignité des citoyens.



Le Maroc n'avancera qu'avec des amoureux de la Terre et de la patrie, qu'avec des politiciens responsables, qu'avec un vrai projet de société. Nous ne pourrons jamais donner à notre Pays tout ce dont il a besoin, mais nous veillerons à le donner avec beaucoup de volonté, de sérieux, de discipline et d'amour.
C'est ce que ce mouvement apportera au Maroc. 




samedi 12 juillet 2014

على هذه الأرض ما يستحق الحياة


Les amis,
Il y a une petite pensée que je souhaiterais partager avec vous.
Je suis entrain de regarder un dessin animé sur Cartoon Network. J'ai toujours adoré les dessins animés même si je n'ai jamais apprécié cette chaîne.
J'ignore le titre de ce que je suis entrain de voir. C'est visiblement bidon, mais cet épisode a changé énormément de choses en moi.
Deux enfants entendent à la télévision qu'un éclipse solaire se produira dans les deux prochains jours. Pour mieux comprendre, ils font des recherches sur internet. En lisant : "autrefois, on pensait que l'éclipse solaire annonçait la fin du monde", ils n’en retiennent que le fait que la fin du monde approche, elle aura même lieu le lendemain.
De leurs pensées d'enfants, leurs idées d'enfants, ils s'inquiètent, crient, pleurent tous leurs projets qui ne verront jamais le jour.
Moins stressés, ils voient devant eux encore toute une journée à vivre, soit 24 heures, 1440 minutes. Ils se trompent de compte et voient devant eux encore 3 milliards de secondes. 3 milliards !
Ils décident alors de faire tout ce qu'ils entreprenaient de faire de leurs vies en une journée.
L'un va acheter à ses frères et sœurs des cadeaux pour approximativement les 70 prochaines années qu'ils étaient censés vivre et mange suffisamment de friandises pour le reste de ses jours. L'autre essaie de découvrir le monde du travail, apprend à faire les courses et visite les universités de la ville.
Et quand ils ne meurent pas finalement après les 24 heures, ils s'ennuient !

Cette histoire est certainement banale, tout comme ce que je vais dire si ça se trouve. Je ne compte guère faire la morale à la Coelho mais je transmets juste mes impressions.
Il est important de mesurer la richesse des heures que nous vivons et la qualité de la vie dont nous jouissons. Ailleurs, on ne sait pas si l'on nous laissera vivre une seconde de plus ou s'il l'on nous le refusera.
J'ai une pensée très particulière à certaines personnes à qui j'ai parlé récemment. Nous avons, sauf objection divine, des milliards de secondes à vivre. Pourquoi ne pas faire en sorte de réaliser tous nos projets sans peur ni haine ?
Profitons de notre vie, elle ne s’arrête jamais à un échec, une trahison, un événement ou une personne. Cherchons toute once d’espoir, puisons notre force et bâtissons nos jours. Le meilleur cadeau que l'on puisse offrir à nous même est de vivre bien, sans rancœur, sans inquiétude.
Pardonnons, oublions, vivons. Ne vivons pas je devrai dire, jouissons de notre vie.
Nous ne sommes obligés de répondre aux exigences ni aux attentes de personne, nous ne sommes pas obligés de rester là où nous ne sommes pas à l’aise ni d’obliger qui que ce soit à rester. Nous assumons la responsabilité de nos actes, jamais des interprétations qu’en font les autres. Ils sont libres de nous aimer ou pas, de nous respecter ou pas, mais nos principes et notre for-intérieur nous guideront toujours vers les meilleures des voies.
Nous n’avons pas toujours le choix, et des scénarios horribles peuvent se produire. Mais dès lors que ce que nous craignons le plus se produit, nous apprenons que ce n’est pas la fin du monde, ce qui change, c’est cette inquiétude qui nous quitte en nous faisant énormément de bien.
Quel que soit le nombre de jour encore devant nous, quels que que soient nos batailles et les combats qui feront nos jours, défaisons-nous de nos craintes et de notre haine.
Respirons, pardonnons, aimons, vivons !

على هذه الأرض ما يستحق الحياة ..




mardi 17 juin 2014

Faculté de médecine privée ?!

Depuis plus d'un an, la création d'établissements privés de médecine et d'architecture suscite beaucoup d'interrogations.
On s'indigne par ci, on proteste par là. Les voix s'élèvent pour dire "non". Certains vont même à organiser des sit-ins ou à signer des pétitions.
Pour une fois, la position des étudiants est presque unanime; ces établissements n'ont pas de place dans notre pays.
Inscrite depuis bientôt deux ans dans un établissement supérieur public, j'ai eu l'occasion de voir comment les choses se passent, comment les gens voient et analysent les situations, aussi bien sur les bancs des amphis qu'à l'administration.
J'essaie donc aujourd'hui, comme je l'ai fait il y a un an, de me joindre au débat et de comprendre, avant de répondre, toutes celles et ceux qui "s'indignent".

En relisant des échanges effectués sur des groupes la semaine passée, et auxquels je n'ai pas eu l'occasion de prendre part, une partie des étudiants se plaignent parce que nos camarades de ces établissements privés auront une formation moins bonne que la nôtre. Si c'est le cas, je suis extrêmement ravie de voir à quel point nos étudiants veillent à ce que tous les futurs professionnels de la santé aient une bonne formation, leur permettant de répondre convenablement aux besoins de nos concitoyens. J'estime, toutefois, que ce ne sera pas la faute au privé, mais la faute à celles et ceux qui assureront ces formations. Des professeurs auront le devoir de former ces étudiants, et tout laxisme est un manque à leur devoir moral et éthique avant tout. Parce que j'imagine qu'un établissement privé aura de meilleurs équipements, de meilleurs moyens. La responsabilité revient aux Professeurs, sous serment d'Hippocrate pour le meilleur comme pour le pire, de donner le meilleur d'eux-mêmes et de former au mieux ces étudiants, surtout, de refuser le diplôme à tous ceux qui le déméritent. Si ce n'est pas le cas encore une fois, ce n'est pas la faute au privé, mais à ces médecins formés dans nos facultés de médecine.

D'autres étudiants regrettent le fait que ces étudiants aient une meilleure formation que la nôtre. Et cette position est l'une de celles qui me révoltent le plus. Parce qu'au lieu de nous battre pour avoir une bonne formation, nous optons pour qu'il n'y ait de bonne formation pour personne.
Là dessus, je souhaite préciser que je ne vise personne. Mais j'estime que nous, étudiants, assumons une grande partie de la responsabilité de ce que nous appelons "mauvaise formation".
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous continuons à fuir nos stages et nos services ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous ratons nos cours et rencontrons nos professeurs pour la première fois le jour de l'examen ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous avons plus de curiosité de voir à quoi a ressemblé le dîner d'un acteur que de savoir en quoi le prix Nobel de la médecine a mérité son prix ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous faisons tellement d'impasses et jugeons avoir assez de connaissances et d'expérience pour connaître quel cours est le plus important ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous nous transformons en machines à enregistrer nos kilogrammes de paperasse sans rien comprendre ?
La direction, les professeurs assument certes une partie de la responsabilité, mais nous avons fait le choix de devenir médecins, d'apprendre l'art de guérir. Demain, nul de nous n'osera dire devant un patient : "on ne m'a pas appris cela". Nous avons ce devoir de nous former au mieux en toute circonstance. Il est certain que nous avons droit à une formation de qualité, mais si nous estimons que ce n'est pas le cas, nous devons nous battre pour l'avoir. Nous vivons dans un monde où l'on ne fait pas de cadeau. Et nous aurons un enseignement de qualité le jour où nous prendrons conscience de nos responsabilités, envers notre entourage, notre société, envers nous-mêmes également.

Parmi les accusations lancées contre ces établissements, on déplore le fait que la médecine devienne un "secteur de riches" (je reprends les termes) et que des élèves faibles et insoucieux y accèdent.
Et ce jugement est pour le moins grave sur tous les points. Je ne comprends pas que l'on puisse se permettre de juger aussi facilement les étudiants de l'enseignement supérieur privé. Je n'admets pas que des choses aussi ignobles soient prononcées en totale ignorance de cause.
Qui a menti en faisant de tous les carabins d'aujourd'hui des amoureux de l'humanité, et que tout étudiant faisant son chemin ailleurs un mercenaire ? L'accès aux facultés de médecine du secteur public ne demande -et je le regrette- aucune compétence particulière. Un seuil, puis répondre efficacement à un QCM de 40 questions et "le tour est joué". Le projet d'un grand médecin peut ainsi être perdu pour une question, une hésitation, ou quelques instants de stress. Par ceci, je souhaite simplement dire qu'une personne qui réussit ce concours ne fera pas forcément un bon médecin, et qu'une autre qui le rate même à plusieurs reprises n'a pas forcément démérité d'accéder à cette faculté.
En France, l'accès aux études médicales passe par une première année à la faculté, commune à toutes les études de santé. Et, à l'issue d'un concours, une partie étudie la médecine par la suite. Récemment, et dans plusieurs facultés, les Doyens ont constaté qu'un tel concours ne permet pas de savoir si l'étudiant a suffisamment d'ambition et de motivation pour devenir médecin, et que ceux qui réussissent sont des personnes qui arrivent à retenir parfaitement leurs cours, sans plus ni moins parfois. Ainsi, le concours en question sera révisé à partir de l'année prochaine dans nombre de facultés françaises. Tout ceci pour inviter celles et ceux qui marginalisent les élèves qui ne réussissent pas leur concours à revoir leur jugement.
J'ai une pensée également ceux qui regrettent qu'avec une faculté de médecine privée, les études médicales deviennent des études de riches. Il se trouve que j'ai le regret que ce soit déjà le cas. En absence de chiffres officiels, j'ai constaté, en deux ans, que la majorité des étudiants en médecine sont issus de lycées privés, ou, sont passés, pour le moins, par une préparation au concours dans un établissement privé.
C'est dans ce cadre qu'une révision des modalités d'accès à la faculté de médecine pourrait être envisageable, même si ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. 

Il y a une question que je me pose parallèlement ceci : pourquoi ne nous sommes-nous jamais prononcés au sujet des diplômes de médecine qui nous viennent de l'Europe de l'Est ? Pourquoi n'avons-nous jamais dit que leur formation n'est peut-être pas assez bonne pour leur confier la vie de nos concitoyens ? Pourquoi n'avons-nous, à la base, jamais posé de questions sur leur formation ? Que savons-nous de leurs études ? De leurs stages ? De leurs diplômes ?
Je ne suis pas entrain de faire une discrimination que j'ai refusée il y a quelques secondes, mais j'estime qu'un établissement marocain, contrôlé, est bien plus crédible que des facultés dont nous ne savons rien. C'est bien plus bénéfique, ne serait-ce que pour l'économie du Maroc qui s'économisera des billets de devise.

Une dernière position estime qu'en absence de postes budgétaires suffisant aux les actuels étudiants, le Maroc n'a pas besoin de nouveaux médecins, issus d'un nouveau secteur. Position claire et sans détours. Je n'ai pas la compétence nécessaire pour y répondre, mes connaissances en ce qui concerne l'embauche des médecins étant limitées, mais si ces étudiants ne sont en effet pas assez bons pour être de bons médecins, ceci se verra lors de ces concours (internat, résidanat ou autres) qu'ils seront amenés à passer avec nous après tout. Parallèlement, si leurs résultats sont meilleurs, c'est qu'ils ne sont pas aussi nuls que ce que certains entendent aujourd'hui.

Je ne fais pas de plaidoyer ni de défense pour cet établissement dont je n'ai aucune information supplémentaire actuellement, mais je souhaite simplement voir les choses d'un angle plus grand. Beaucoup d'estime à celles et ceux qui débattent rationnellement cette question.

Une telle faculté demandera certainement un bon suivi. J'espère que ceux à qui la responsabilité de notre santé revient seront à la hauteur. Mais d'ici là, nous battre contre l'existence d'un tel établissement n'est qu'une guerre où nous nous trompons d'adversaire. Les problèmes de l'enseignement médical, et du secteur médical dépassent cette affaire. À nous de travailler. À nous de proposer des solutions et de faire en sorte que les choses changent.
Nous perdons hélas beaucoup trop de temps à nous plaindre et nous indigner sans travailler. Nous continuons à pleurer et accuser notre Maroc, chez nous, derrière nos écrans.
Soyons clairs, ambitieux et courageux. Militons pour notre pays, pour nos concitoyens, pour nos enfants ! Même le plus long des voyages commence par un premier pas. Même la plus grande des aventures débute par une idée.
Je crois du plus profond de moi-même en un Maroc meilleur, en une santé, un enseignement meilleurs.

À nous de bâtir ce Maroc !

vendredi 14 février 2014

L'Étrangère au Pays des Romantiques

          Ceci n’est pas une chronique, ce n’est pas une page de mon journal, encore moins un article.
          Je souhaiterais simplement partager avec vous une partie de ma journée, 3 heures, que Boutayna et moi avons passées ensemble ce matin et qui étaient riches en moments d’incompréhension et de colère.
 
          Pour commencer, un gardien de voitures qui, au lieu de nous aider dans nos démarches de stationnement toujours un peu hésitantes, nous fait profiter de ses techniques de drague, s’amuse à nous lancer ses regards pervers et se place même devant la voiture au moment de démarrer.
          Une scène qui se répète hélas trop souvent, et qui ne trouve toujours pas de remède, en dépit de tout le brouhaha qu’a suscité une proposition de texte pénalisant le harcèlement sexuel.

          Ensuite, petit tour à la poste pour envoyer un colis. Plusieurs formules sont apparemment proposées, peu d’explications figurent sur le site internet. Solution ? Poser des questions à la gentille dame et au gentil monsieur.
          Les mots de la gentille dame valent visiblement des lingots d’or. Entre oui, non, il n y a que cela, il nous a été difficile de comprendre grand-chose. Vite fatiguée de donner plus de détails, elle nous propose de nous adresser à son collègue, le gentil monsieur, qui répond à mon « salamou alikoum » (bonjour) : «guelssou temma ala manssali chghali» (asseyez-vous là-bas en attendant que je finisse).  
          De la façon la plus docile, nous choisissons, sans en avoir vraiment le choix, de nous asseoir. Devant lui, la question la plus normale à poser est : « quelles sont les formules proposées pour un envoi international, pour telles dimensions, tel poids ? A quels prix ? ». Toujours d’un air aussi arrogant, le gentil monsieur répond : « qu’est ce que vous voulez pour que je sache vous guider ? Les formules sont nombreuses, je ne peux pas tout vous dire. D'ailleurs, ma collègue les a expliquées (laugh out loud) ».  Sa sympathie le pousse même à nous dire, 20 minutes après notre arrivée et notre attente, que pour un tel envoi, il faut s’adresser à un autre bureau de poste (laugh out loud). Le gentil monsieur, barbu par l’occasion, a finalement eu la bonté de faire son travail, avec un peu moins de  «khdma bjmil ».  Toujours dans le cadre de son travail, le gentil monsieur a vérifié à l’œil nu toutes les pièces du colis, sortant quelques unes un peu devant tout le monde. Boutayna et moi avons juste imaginé la même scène avec un jeune homme qui envoyait de la lingerie féminine à sa femme par le même biais, et qui devait prendre l’avis du gentil homme barbu, de sa collègue (un homme a toujours besoin d'un avis féminin pour ses cadeaux) et de tous les présents dans la salle.
        Et au moment où nous regrettions, chacune dans son côté, un tel comportement, un tel manque de délicatesse surtout, en raison peut-être de notre âge, de la nature du colis voire de notre destinataire, un homme, d’un certain âge,  a eu droit à la même impertinence.
          En quittant le bureau de poste, nul besoin de dire que mon «bonne journée » instinctif attend toujours une réponse.
         Je voudrais également vous faire part d’un épisode qui s’est passé avec ce gentil monsieur. En cette même période, durant mon année de terminale, je m’adressais à ce même bureau, à ce même monsieur  pour envoyer mes dossiers d’inscription en France. La salle était curieusement pleine, et au moment où tout le monde attendait son tour, le gentil monsieur prit son tapis de prière (si vous le permettez) et quitta son poste pour aller à la mosquée.

 Prière oblige ?
Et responsabilité salariale, sociétale et divine aussi ?

          Heure de remettre nos vestes estudiantines et de rentrer en cours.  Et là, je souhaite préciser que ce que je me prépare à dire ne vise aucune ni aucun de mes collègues en personne, et que je parle globalement. Au moment où le professeur fait son cours, et qu’une partie de l’audience le suit, quelques étudiants, pour une raison ou pour une autre, choisissent de quitter l'amphithéâtre. Certains se lèvent des premiers rangs, d’autres nous jouent une mélodie très harmonieuse en claquant leurs talons pour ensuite, pour la plupart, ne pas prendre la peine de fermer la porte plus délicatement.
          Assister ou non, suivre ou non, continuer le cours à sa fin ou non, le choix revient à l’étudiant, mais il est important, voire primordial de manifester un minimum de respect envers son professeur, son vieux cours et ses collègues, pour ensuite faire preuve de sympathie envers d’autres personnes, que nous serons amenés à servir dans moins de 8 mois, à quelques dizaines de mètres de nos actuelles salles de cours. 

          Sur notre chemin du retour,  en discutant une image que nous venions de voir, nous nous sommes réellement interrogées sur la dualité de discours de certains de nos compatriotes, qui jugent la femme trop faible émotionnellement et physiquement pour diriger un pays, mais assez forte pour baisser les yeux devant des torses-nus. Drôle jeu d’hormones dis-donc.

          Et au moment de nous quitter, on annonce à la radio « les marocains sont romantiques ».

          Bon appétit Boutayna!

          Bonne soirée à toutes et à tous!