vendredi 14 février 2014

L'Étrangère au Pays des Romantiques

          Ceci n’est pas une chronique, ce n’est pas une page de mon journal, encore moins un article.
          Je souhaiterais simplement partager avec vous une partie de ma journée, 3 heures, que Boutayna et moi avons passées ensemble ce matin et qui étaient riches en moments d’incompréhension et de colère.
 
          Pour commencer, un gardien de voitures qui, au lieu de nous aider dans nos démarches de stationnement toujours un peu hésitantes, nous fait profiter de ses techniques de drague, s’amuse à nous lancer ses regards pervers et se place même devant la voiture au moment de démarrer.
          Une scène qui se répète hélas trop souvent, et qui ne trouve toujours pas de remède, en dépit de tout le brouhaha qu’a suscité une proposition de texte pénalisant le harcèlement sexuel.

          Ensuite, petit tour à la poste pour envoyer un colis. Plusieurs formules sont apparemment proposées, peu d’explications figurent sur le site internet. Solution ? Poser des questions à la gentille dame et au gentil monsieur.
          Les mots de la gentille dame valent visiblement des lingots d’or. Entre oui, non, il n y a que cela, il nous a été difficile de comprendre grand-chose. Vite fatiguée de donner plus de détails, elle nous propose de nous adresser à son collègue, le gentil monsieur, qui répond à mon « salamou alikoum » (bonjour) : «guelssou temma ala manssali chghali» (asseyez-vous là-bas en attendant que je finisse).  
          De la façon la plus docile, nous choisissons, sans en avoir vraiment le choix, de nous asseoir. Devant lui, la question la plus normale à poser est : « quelles sont les formules proposées pour un envoi international, pour telles dimensions, tel poids ? A quels prix ? ». Toujours d’un air aussi arrogant, le gentil monsieur répond : « qu’est ce que vous voulez pour que je sache vous guider ? Les formules sont nombreuses, je ne peux pas tout vous dire. D'ailleurs, ma collègue les a expliquées (laugh out loud) ».  Sa sympathie le pousse même à nous dire, 20 minutes après notre arrivée et notre attente, que pour un tel envoi, il faut s’adresser à un autre bureau de poste (laugh out loud). Le gentil monsieur, barbu par l’occasion, a finalement eu la bonté de faire son travail, avec un peu moins de  «khdma bjmil ».  Toujours dans le cadre de son travail, le gentil monsieur a vérifié à l’œil nu toutes les pièces du colis, sortant quelques unes un peu devant tout le monde. Boutayna et moi avons juste imaginé la même scène avec un jeune homme qui envoyait de la lingerie féminine à sa femme par le même biais, et qui devait prendre l’avis du gentil homme barbu, de sa collègue (un homme a toujours besoin d'un avis féminin pour ses cadeaux) et de tous les présents dans la salle.
        Et au moment où nous regrettions, chacune dans son côté, un tel comportement, un tel manque de délicatesse surtout, en raison peut-être de notre âge, de la nature du colis voire de notre destinataire, un homme, d’un certain âge,  a eu droit à la même impertinence.
          En quittant le bureau de poste, nul besoin de dire que mon «bonne journée » instinctif attend toujours une réponse.
         Je voudrais également vous faire part d’un épisode qui s’est passé avec ce gentil monsieur. En cette même période, durant mon année de terminale, je m’adressais à ce même bureau, à ce même monsieur  pour envoyer mes dossiers d’inscription en France. La salle était curieusement pleine, et au moment où tout le monde attendait son tour, le gentil monsieur prit son tapis de prière (si vous le permettez) et quitta son poste pour aller à la mosquée.

 Prière oblige ?
Et responsabilité salariale, sociétale et divine aussi ?

          Heure de remettre nos vestes estudiantines et de rentrer en cours.  Et là, je souhaite préciser que ce que je me prépare à dire ne vise aucune ni aucun de mes collègues en personne, et que je parle globalement. Au moment où le professeur fait son cours, et qu’une partie de l’audience le suit, quelques étudiants, pour une raison ou pour une autre, choisissent de quitter l'amphithéâtre. Certains se lèvent des premiers rangs, d’autres nous jouent une mélodie très harmonieuse en claquant leurs talons pour ensuite, pour la plupart, ne pas prendre la peine de fermer la porte plus délicatement.
          Assister ou non, suivre ou non, continuer le cours à sa fin ou non, le choix revient à l’étudiant, mais il est important, voire primordial de manifester un minimum de respect envers son professeur, son vieux cours et ses collègues, pour ensuite faire preuve de sympathie envers d’autres personnes, que nous serons amenés à servir dans moins de 8 mois, à quelques dizaines de mètres de nos actuelles salles de cours. 

          Sur notre chemin du retour,  en discutant une image que nous venions de voir, nous nous sommes réellement interrogées sur la dualité de discours de certains de nos compatriotes, qui jugent la femme trop faible émotionnellement et physiquement pour diriger un pays, mais assez forte pour baisser les yeux devant des torses-nus. Drôle jeu d’hormones dis-donc.

          Et au moment de nous quitter, on annonce à la radio « les marocains sont romantiques ».

          Bon appétit Boutayna!

          Bonne soirée à toutes et à tous!

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