Ceci n’est pas une chronique, ce n’est pas une page de mon
journal, encore moins un article.
Je souhaiterais simplement partager avec vous une partie de
ma journée, 3 heures, que Boutayna et moi avons passées ensemble ce matin et qui étaient riches en moments d’incompréhension et de colère.
Pour commencer, un gardien de voitures qui, au lieu de nous
aider dans nos démarches de stationnement toujours un peu hésitantes, nous fait
profiter de ses techniques de drague, s’amuse à nous lancer ses regards pervers
et se place même devant la voiture au moment de démarrer.
Une scène qui se répète hélas trop souvent, et qui ne trouve
toujours pas de remède, en dépit de tout le brouhaha qu’a suscité une
proposition de texte pénalisant le harcèlement sexuel.
Ensuite, petit tour à la poste pour envoyer un colis. Plusieurs
formules sont apparemment proposées, peu d’explications figurent sur le site
internet. Solution ? Poser des questions à la gentille dame et au gentil
monsieur.
Les mots de la gentille dame valent visiblement des lingots
d’or. Entre oui, non, il n y a que cela, il nous a été difficile de comprendre
grand-chose. Vite fatiguée de donner plus de détails, elle nous propose de nous
adresser à son collègue, le gentil monsieur, qui répond à mon « salamou alikoum »
(bonjour) : «guelssou temma ala manssali chghali» (asseyez-vous là-bas en
attendant que je finisse).
De la façon
la plus docile, nous choisissons, sans en avoir vraiment le choix, de nous
asseoir. Devant lui, la question la plus normale à poser est :
« quelles sont les formules proposées pour un envoi international, pour
telles dimensions, tel poids ? A quels prix ? ». Toujours d’un
air aussi arrogant, le gentil monsieur répond : « qu’est ce que vous
voulez pour que je sache vous guider ? Les formules sont nombreuses, je ne peux pas tout vous dire. D'ailleurs, ma
collègue les a expliquées (laugh out loud) ». Sa sympathie le pousse même à nous dire, 20
minutes après notre arrivée et notre attente, que pour un tel envoi, il faut
s’adresser à un autre bureau de poste (laugh out loud). Le gentil monsieur,
barbu par l’occasion, a finalement eu la bonté de faire son travail, avec un
peu moins de «khdma bjmil ». Toujours dans le cadre de son travail, le
gentil monsieur a vérifié à l’œil nu toutes les pièces du colis, sortant
quelques unes un peu devant tout le monde. Boutayna et moi avons juste imaginé
la même scène avec un jeune homme qui envoyait de la lingerie féminine à sa femme
par le même biais, et qui devait prendre l’avis du gentil homme barbu, de sa collègue (un homme a toujours besoin d'un avis féminin pour ses cadeaux) et de tous les présents dans la salle.
Et au moment où nous
regrettions, chacune dans son côté, un tel comportement, un tel manque de
délicatesse surtout, en raison peut-être de notre âge, de la nature du colis voire de notre destinataire, un homme, d’un certain âge, a eu droit à la même impertinence.
En quittant le bureau de poste, nul besoin de dire que mon
«bonne journée » instinctif attend toujours une réponse.
Je voudrais également vous faire part d’un épisode qui s’est
passé avec ce gentil monsieur. En cette même période, durant mon année de
terminale, je m’adressais à ce même bureau, à ce même monsieur pour envoyer mes dossiers d’inscription en
France. La salle était curieusement pleine, et au moment où tout le monde attendait son tour, le gentil monsieur prit son tapis de prière (si vous le permettez)
et quitta son poste pour aller à la mosquée.
Prière oblige ?
Et responsabilité salariale, sociétale et divine
aussi ?
Heure de remettre nos vestes estudiantines et de rentrer en
cours. Et là, je souhaite préciser que ce que je me prépare à dire ne vise aucune ni aucun de mes collègues
en personne, et que je parle globalement. Au moment où le professeur fait son
cours, et qu’une partie de l’audience le suit, quelques étudiants, pour une
raison ou pour une autre, choisissent de quitter l'amphithéâtre. Certains se lèvent
des premiers rangs, d’autres nous jouent une mélodie très harmonieuse en
claquant leurs talons pour ensuite, pour la plupart, ne pas prendre la peine
de fermer la porte plus délicatement.
Assister ou non, suivre ou non, continuer le cours à sa fin
ou non, le choix revient à l’étudiant, mais il est important, voire primordial
de manifester un minimum de respect envers son professeur, son vieux cours et
ses collègues, pour ensuite faire preuve de sympathie envers d’autres
personnes, que nous serons amenés à servir dans moins de 8 mois, à quelques
dizaines de mètres de nos actuelles salles de cours.
Sur notre chemin du retour, en discutant une image que nous venions de
voir, nous nous sommes réellement interrogées sur la dualité de discours de
certains de nos compatriotes, qui jugent la femme trop faible émotionnellement
et physiquement pour diriger un pays, mais assez forte pour baisser les yeux
devant des torses-nus. Drôle jeu d’hormones dis-donc.
Et au moment de nous quitter, on annonce à la radio « les
marocains sont romantiques ».
Bon appétit Boutayna!
Bonne soirée à toutes et à tous!
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