mardi 17 juin 2014

Faculté de médecine privée ?!

Depuis plus d'un an, la création d'établissements privés de médecine et d'architecture suscite beaucoup d'interrogations.
On s'indigne par ci, on proteste par là. Les voix s'élèvent pour dire "non". Certains vont même à organiser des sit-ins ou à signer des pétitions.
Pour une fois, la position des étudiants est presque unanime; ces établissements n'ont pas de place dans notre pays.
Inscrite depuis bientôt deux ans dans un établissement supérieur public, j'ai eu l'occasion de voir comment les choses se passent, comment les gens voient et analysent les situations, aussi bien sur les bancs des amphis qu'à l'administration.
J'essaie donc aujourd'hui, comme je l'ai fait il y a un an, de me joindre au débat et de comprendre, avant de répondre, toutes celles et ceux qui "s'indignent".

En relisant des échanges effectués sur des groupes la semaine passée, et auxquels je n'ai pas eu l'occasion de prendre part, une partie des étudiants se plaignent parce que nos camarades de ces établissements privés auront une formation moins bonne que la nôtre. Si c'est le cas, je suis extrêmement ravie de voir à quel point nos étudiants veillent à ce que tous les futurs professionnels de la santé aient une bonne formation, leur permettant de répondre convenablement aux besoins de nos concitoyens. J'estime, toutefois, que ce ne sera pas la faute au privé, mais la faute à celles et ceux qui assureront ces formations. Des professeurs auront le devoir de former ces étudiants, et tout laxisme est un manque à leur devoir moral et éthique avant tout. Parce que j'imagine qu'un établissement privé aura de meilleurs équipements, de meilleurs moyens. La responsabilité revient aux Professeurs, sous serment d'Hippocrate pour le meilleur comme pour le pire, de donner le meilleur d'eux-mêmes et de former au mieux ces étudiants, surtout, de refuser le diplôme à tous ceux qui le déméritent. Si ce n'est pas le cas encore une fois, ce n'est pas la faute au privé, mais à ces médecins formés dans nos facultés de médecine.

D'autres étudiants regrettent le fait que ces étudiants aient une meilleure formation que la nôtre. Et cette position est l'une de celles qui me révoltent le plus. Parce qu'au lieu de nous battre pour avoir une bonne formation, nous optons pour qu'il n'y ait de bonne formation pour personne.
Là dessus, je souhaite préciser que je ne vise personne. Mais j'estime que nous, étudiants, assumons une grande partie de la responsabilité de ce que nous appelons "mauvaise formation".
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous continuons à fuir nos stages et nos services ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous ratons nos cours et rencontrons nos professeurs pour la première fois le jour de l'examen ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous avons plus de curiosité de voir à quoi a ressemblé le dîner d'un acteur que de savoir en quoi le prix Nobel de la médecine a mérité son prix ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous faisons tellement d'impasses et jugeons avoir assez de connaissances et d'expérience pour connaître quel cours est le plus important ?
Comment voulons-nous faire de bons médecins alors que nous nous transformons en machines à enregistrer nos kilogrammes de paperasse sans rien comprendre ?
La direction, les professeurs assument certes une partie de la responsabilité, mais nous avons fait le choix de devenir médecins, d'apprendre l'art de guérir. Demain, nul de nous n'osera dire devant un patient : "on ne m'a pas appris cela". Nous avons ce devoir de nous former au mieux en toute circonstance. Il est certain que nous avons droit à une formation de qualité, mais si nous estimons que ce n'est pas le cas, nous devons nous battre pour l'avoir. Nous vivons dans un monde où l'on ne fait pas de cadeau. Et nous aurons un enseignement de qualité le jour où nous prendrons conscience de nos responsabilités, envers notre entourage, notre société, envers nous-mêmes également.

Parmi les accusations lancées contre ces établissements, on déplore le fait que la médecine devienne un "secteur de riches" (je reprends les termes) et que des élèves faibles et insoucieux y accèdent.
Et ce jugement est pour le moins grave sur tous les points. Je ne comprends pas que l'on puisse se permettre de juger aussi facilement les étudiants de l'enseignement supérieur privé. Je n'admets pas que des choses aussi ignobles soient prononcées en totale ignorance de cause.
Qui a menti en faisant de tous les carabins d'aujourd'hui des amoureux de l'humanité, et que tout étudiant faisant son chemin ailleurs un mercenaire ? L'accès aux facultés de médecine du secteur public ne demande -et je le regrette- aucune compétence particulière. Un seuil, puis répondre efficacement à un QCM de 40 questions et "le tour est joué". Le projet d'un grand médecin peut ainsi être perdu pour une question, une hésitation, ou quelques instants de stress. Par ceci, je souhaite simplement dire qu'une personne qui réussit ce concours ne fera pas forcément un bon médecin, et qu'une autre qui le rate même à plusieurs reprises n'a pas forcément démérité d'accéder à cette faculté.
En France, l'accès aux études médicales passe par une première année à la faculté, commune à toutes les études de santé. Et, à l'issue d'un concours, une partie étudie la médecine par la suite. Récemment, et dans plusieurs facultés, les Doyens ont constaté qu'un tel concours ne permet pas de savoir si l'étudiant a suffisamment d'ambition et de motivation pour devenir médecin, et que ceux qui réussissent sont des personnes qui arrivent à retenir parfaitement leurs cours, sans plus ni moins parfois. Ainsi, le concours en question sera révisé à partir de l'année prochaine dans nombre de facultés françaises. Tout ceci pour inviter celles et ceux qui marginalisent les élèves qui ne réussissent pas leur concours à revoir leur jugement.
J'ai une pensée également ceux qui regrettent qu'avec une faculté de médecine privée, les études médicales deviennent des études de riches. Il se trouve que j'ai le regret que ce soit déjà le cas. En absence de chiffres officiels, j'ai constaté, en deux ans, que la majorité des étudiants en médecine sont issus de lycées privés, ou, sont passés, pour le moins, par une préparation au concours dans un établissement privé.
C'est dans ce cadre qu'une révision des modalités d'accès à la faculté de médecine pourrait être envisageable, même si ce n'est pas le sujet d'aujourd'hui. 

Il y a une question que je me pose parallèlement ceci : pourquoi ne nous sommes-nous jamais prononcés au sujet des diplômes de médecine qui nous viennent de l'Europe de l'Est ? Pourquoi n'avons-nous jamais dit que leur formation n'est peut-être pas assez bonne pour leur confier la vie de nos concitoyens ? Pourquoi n'avons-nous, à la base, jamais posé de questions sur leur formation ? Que savons-nous de leurs études ? De leurs stages ? De leurs diplômes ?
Je ne suis pas entrain de faire une discrimination que j'ai refusée il y a quelques secondes, mais j'estime qu'un établissement marocain, contrôlé, est bien plus crédible que des facultés dont nous ne savons rien. C'est bien plus bénéfique, ne serait-ce que pour l'économie du Maroc qui s'économisera des billets de devise.

Une dernière position estime qu'en absence de postes budgétaires suffisant aux les actuels étudiants, le Maroc n'a pas besoin de nouveaux médecins, issus d'un nouveau secteur. Position claire et sans détours. Je n'ai pas la compétence nécessaire pour y répondre, mes connaissances en ce qui concerne l'embauche des médecins étant limitées, mais si ces étudiants ne sont en effet pas assez bons pour être de bons médecins, ceci se verra lors de ces concours (internat, résidanat ou autres) qu'ils seront amenés à passer avec nous après tout. Parallèlement, si leurs résultats sont meilleurs, c'est qu'ils ne sont pas aussi nuls que ce que certains entendent aujourd'hui.

Je ne fais pas de plaidoyer ni de défense pour cet établissement dont je n'ai aucune information supplémentaire actuellement, mais je souhaite simplement voir les choses d'un angle plus grand. Beaucoup d'estime à celles et ceux qui débattent rationnellement cette question.

Une telle faculté demandera certainement un bon suivi. J'espère que ceux à qui la responsabilité de notre santé revient seront à la hauteur. Mais d'ici là, nous battre contre l'existence d'un tel établissement n'est qu'une guerre où nous nous trompons d'adversaire. Les problèmes de l'enseignement médical, et du secteur médical dépassent cette affaire. À nous de travailler. À nous de proposer des solutions et de faire en sorte que les choses changent.
Nous perdons hélas beaucoup trop de temps à nous plaindre et nous indigner sans travailler. Nous continuons à pleurer et accuser notre Maroc, chez nous, derrière nos écrans.
Soyons clairs, ambitieux et courageux. Militons pour notre pays, pour nos concitoyens, pour nos enfants ! Même le plus long des voyages commence par un premier pas. Même la plus grande des aventures débute par une idée.
Je crois du plus profond de moi-même en un Maroc meilleur, en une santé, un enseignement meilleurs.

À nous de bâtir ce Maroc !

2 commentaires:

Zineb B (the other one) a dit…

J'admire ton effort d'analyse et ton style, je voudrais juste t'ajouter quelques informations:
-Le plus grand problème que connait la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca (publique) c'est la démission massive des professeurs au profit de cette faculté privée. Je trouve ça honteux!! Si une faculté privée doit ouvrir, qu'elle se débrouille pour amener d'autres profs, quite à ce que ce soit des etrangers, mais qu'elle laisse les notres tranquils. Maintenant qui va nous faire cours? Qui va nous prendre en charge à l'hôpital, nous étudiants et externes du CHU Ibn Rochd? Déjà qu'on se battait pour rester motivé, pour ne pas déserter nos services, bien que parfois il ya plus d'étudiants que de patients, qu'il n'ya pas de salles de cours assez grandes pour nous acceuillir et que les médecins sont tellement débordés, car en sous effectifs, que leur dernier souci est de nous encadrer; maintenant il faudra jouer à la chasse aux profs!!
-Deuxièmement, je ne suis pas contre les établissements privés, en général, j'ai moi même été dans un lycée privé, mais là il s'agit de la médecine. On ne forme pas des pâtissiers!! Or l'éthique et l'argent font souvent mauvais ménage!

Anonyme a dit…

la meilleure solution d'arreter ces jugements de niveau des étudiants privé publique c'est de passer les memes examens de passage à la fin de chaque cycle et la correction se fera à casa pour les étudiants de medecine de rabat et vis versa comme ca on fera avancer le debat et on corrigera les erreurs des deux cotés .Pour les profs qui démmissionent pour le privé je crois qu'il l'ont fait depuis longtemp vous n'avez qu'a voir les hôpitaux publiques comment ils sont desertes par les profs médecins il faut les laisser partir et les remplacer par des diplomés etrangers qui sont
nombreux avec 1 tres grand niveau ou des diplomés nationaux en les formant à enseigner et en s'assurant qu'ils aiment enseiguer car nombreux les profs de medecine qui n'ont rien avoir avec l'enseignement sauf le
titre.