Bien que je sois bien loin de ce qui se passe en Tunisie,
j’ai toujours suivi de prêt les événements dans ce pays, d’autant plus que,
grâce aux échanges avec des amis tunisiens, j’ai l’occasion de percevoir les
choses plus profondément qu’en lisant, regardant ou écoutant ce que proposent
les médias. Je me permets donc de commenter en toute liberté et responsabilité.
Commençons par une récapitulation :
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- 17 décembre 2010 : immolation
par le feu de Mohamed Bouazizi, jeune marchand de rue à Sidi Bouzid protestant
ainsi contre la saisie de sa marchandise par les autorités, ce qui déclenche
une série de manifestations en Tunisie.
- - 14 janvier 2011 : Zine
El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans quitte le pays.
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11 février 2011 :
Housni Moubarak, à la tête de l’Egypte depuis 1981 quitte le pouvoir lui aussi suite
aux manifestations populaires massives contre son régime.
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12 février 2011 :
manifestation lancée par la Coordination nationale pour le changement et la
démocratie (CNCD) vite dispersée et réprimée par le régime Bouteflika.
- 20 février 2011 : première manifestation de la jeunesse marocaine contre la corruption, pour des réformes constitutionnelles.
- 20 février 2011 : première manifestation de la jeunesse marocaine contre la corruption, pour des réformes constitutionnelles.
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15 mars 2011 : les
manifestations commencent en Syrie contre le régime Al Assad, manifestations
qui n’ont toujours pas pris fin, révolution qui ne voit toujours pas le bout du
tunnel en raison de la position géopolitique du pays et du soutien souvent
incontestable de la Russie et de la Chine au régime.
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20 octobre 2011 :
Mouammar Kadhafi, tyran historique de la Libye est tué après plusieurs mois de
contestation populaire et de guerre civile ainsi que l’intervention des forces
de l’OTAN.
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23 novembre 2011 :
Abdallah Saleh, 32 de pouvoir, signe le plan de sortie de crise prévoyant ainsi
son départ du Yémen.
Il y a eu aussi :
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14 novembre 2011 : Montée
au pouvoir des islamistes ; parti Annahda, en Tunisie avec plus de 40% des
sièges. Il ne faut pas l’oublier, Annahada a eu 9 des 18 sièges des
circonscriptions de l’étranger, en d’autres mots, même les tunisiens vivant
dans les grandes démocraties du monde (France, Allemagne, Amérique…) ont choisi
pour leurs compatriotes un régime islamiste.
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24 novembre 2011 : élections
législatives au Maroc, remportées par le PJD. Benkirane élu chef du
gouvernement.
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24 juin 2012 : Mohamed
Morsi, frère musulman, est élu président de l’Egypte.
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Seuls les Libyens choisiront
un régime autre que l’islamiste et échapperont à la « nouvelle règle ».
1ère conclusion : tendance islamiste dans
les arabes après le « printemps arabe », devenu « printemps
à barbe » selon certains.
Ensuite :
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24 novembre 2012 : manifestations
contre Morsi pour dénoncer un décret qui
accorde de nouvelles prérogatives au président Mohamed Morsi, accusé par
l'opposition de confisquer les acquis de la révolution de 2011. Manifestations
vite devenues violentes et sanglantes et qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui.
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6 février 2013 :
Chokri Belaïd, leader du parti Mouvement des patriotes démocrates et avocat est
assassiné par balles.
Feu Chokri Belaïd est une vraie définition d’un homme digne
de gauche. Grand militant pour les droits de l’homme, pour les valeurs laïques,
avocat de profession, tribun par excellence, défendant ses principes et ses
idées avec ferveur, courage, pacifiquement. Dans ses discours et débats, il a
toujours critiqué et vitupéré contre le gouvernement majoritairement islamiste,
les tenant responsables d’un climat de violence dans le pays.
Opposition de luxe ? Non, militantisme irrévocable.
Ses
propos parlent de lui.
Inscrit depuis plusieurs mois à la tête d’une « liste
des gens à éliminer », il recevait des menaces depuis plusieurs semaines.
Certaines de ces menaces se faisaient en public, sans que les autorités, ni les
responsables ne lui assurent une protection. Son meeting du samedi 2 février dernier a même été attaqué par des salafistes, bien qu'il ait eu lieu dans une maison de culture située à quelques dizaines de mètres d'un poste de police. Pire, rien n'a été fait contre ces extrémistes,
ces ignorants, ces incultes, ces barbares barbus..., -apparemment- précieusement couverts par des leaders d'Annahda.
Les mots me manquent. Parce que
ce n’est pas la dictature de Ben Ali qui a tué Belaïd, mais la démocratie d’Annahda.
Une grande perte pour la gauche tunisienne, pour la Tunisie, et pour tout le Maghreb, parce que des hommes politiques, des intellectuels de cette taille manquent aujourd'hui plus que jamais à la Gauche, et la Gauche nous manque aujourd'hui plus que jamais .
Une grande perte pour la gauche tunisienne, pour la Tunisie, et pour tout le Maghreb, parce que des hommes politiques, des intellectuels de cette taille manquent aujourd'hui plus que jamais à la Gauche, et la Gauche nous manque aujourd'hui plus que jamais .
Des dizaines de centaines de milliers ont accompagné feu Chokri Belaïd à sa dernière demeure, tout un peuple qui pleure la mort d’un grand homme parti en
héros. Des sources officielles parlent d’un millions 400 mille participants aux
funérailles, qui n’ont pas échappé, même en ce jour de deuil, aux soins des forces de l’ordre.
Son épouse, chapeau bas à cette grande dame forte et digne, qui mérite tous
les éloges,
Et Son compagnon de toujours Hamma Hammani promettent de
mener le combat qui a été le sien depuis nombre d’années.
Sa fille ainée, qui dort orpheline depuis trois nuits, qui
porte déjà les convictions de son père, qui a le même regard que lui, fera
certainement la fierté de ses parents !
Les islamistes : pourquoi ?
Je conclurai avec une question qui m'intrigue depuis une
bonne quinzaine de mois : pourquoi des peuples, qui ont longtemps été
réprimés, qui ont fait des révolutions sanglantes en vue de voir instaurées
dans leurs pays une vraie démocratie et une liberté d'expression, élisent des
gouvernements islamistes ? J'ai toujours défendu les valeurs laïques, certes, mais laissons ceci de côté, il m'est difficile de comprendre comment des fins politiques pourtant claires, enveloppées dans un discours religieux bien tissé, arrivent à pénétrer dans les esprits ? Ceci est d'autant plus incompréhensible pour le cas de la Tunisie, majoritairement laïque sous l'ère Ben Ali, où les tunisiens étaient très ouverts d'esprit et jouissaient de beaucoup de liberté, en dehors de la liberté d'expression peut-être.
La réponse ne date peut-être pas d'hier. Je commencerai par évoquer l'une des raisons les plus évidentes : le côté religieux a toujours été un point faible dans les sociétés musulmanes. Arriver au pouvoir a donc été plus facile en insistant sur la religion, en intégrant des versés de Dieu dans leurs discours.
Un facteur très important joue en cette faveur : l'ignorance. Des gens qui n'ont eu aucune scolarisation, aucun enseignement, aucune méthode d'analyse. Mais le domaine de l'ignorance est bien plus large. Parce que nos programmes ne laissent pas de place au débat, à l'échange, à l'analyse. On ne fait qu'accepter, qu'avaler.
Une autre raison me parait tout aussi logique : les chaines télévisées de l'Orient s'invitant dans nos maisons, ces programmes qui présentent l'Occident comme étant un danger, un ennemi, un profiteur, qui cherche à anéantir notre culture pour que "le monde arabo-musulman ne retrouve jamais son passé glorieux". Ainsi, et pour combattre ce danger, réfutons le modernisme, la démocratie, la liberté ...
La conjonction de ces facteurs ajoutés à d’autres non moins importants ont amené à un repli sur soi, à chercher un refuge dans un passé nébuleux et se forger une identité illusoire, et au final, à l'expansion de l’islamisme et son corollaire le salafisme.
{Photos prises du site de Paris Match et de la page facebook : association des libres penseurs de la Tunisie.}






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