mercredi 6 mars 2013

Printemps Arabe et Islamisme : Et Chokri Belaïd ? (version article)

Printemps arabe, dit-on.
La série de manifestations en Tunisie après l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi  a mené à la chute du système de Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. Puis, en raison des mêmes manifestations, d'autres chefs d'états arabes ont quitté le pouvoir. 
Espoir, instauration de démocratie, liberté d'expression, création de partis politiques par centaines; on ne pouvait être qu'optimistes. Vinrent alors l'élaboration de nouvelles constitutions puis les élections; en Tunisie,  Annahda, parti islamiste, a remporté plus de 40% des sièges. Il ne faut pas l’oublier, Annahada a eu 9 des 18 sièges des circonscriptions de l’étranger, en d’autres mots, même les tunisiens vivant dans les grandes démocraties du monde (France, Allemagne, Amérique…) ont choisi pour leurs compatriotes un régime islamiste.

La tendance islamiste a été la même dans d'autres pays voisins; le  «printemps arabe », devenu « printemps à barbe » selon certains.

Ces régimes n'ont pas échappé à plusieurs critiques; les accusant de régression sociale ou encore d'étouffer les voix libres de changement.
Puis, le 6 février 2013, Chokri Belaïd, leader du parti Mouvement des patriotes démocrates et avocat en Tunisie est assassiné par balles.
Feu Chokri Belaïd est une vraie définition d’un homme digne de gauche. Grand militant pour les droits de l’homme, pour les valeurs de démocratie, avocat de profession, tribun par excellence, défendant ses principes et ses idées avec ferveur, courage, pacifiquement. Dans ses discours et débats, il a toujours critiqué et vitupéré contre le gouvernement majoritairement islamiste, les tenant responsables d’un climat de violence dans le pays. 

Opposition de luxe ? Non, militantisme irrévocable.

Parce que, pour ces salafistes qui ne présentent aucun programme, qui lancent des propos insensés, incultes et inconscients qu'ils sont, ne trouvent pas de meilleur moyen pour contrer des opposants intellectuels que de les tuer. 
Inscrit depuis plusieurs mois à la tête d’une « liste des gens à éliminer », il recevait des menaces depuis plusieurs semaines. Certaines de ces menaces se faisaient en public, sans que les autorités, ni les responsables ne lui assurent une protection. Son meeting du samedi 2 février dernier a même été attaqué par des salafistes, bien qu'il ait eu lieu dans une maison de culture située à quelques dizaines de mètres d'un poste de police. Pire, rien n'a été fait contre ces extrémistes, ces ignorants, ces incultes, ces barbares barbus..., -apparemment- précieusement couverts par des leaders d'Annahda.

Les mots nous manquent. Parce que ce n’est pas la dictature de Ben Ali qui a tué Belaïd, mais la démocratie d’Annahda. 

Une grande perte pour la gauche tunisienne, pour la Tunisie, et pour tout le Maghreb, parce que des hommes politiques, des intellectuels de cette taille manquent aujourd'hui plus que jamais à nos pays. 

Des dizaines de centaines de milliers ont  accompagné feu Chokri Belaïd à sa dernière demeure, tout un peuple qui pleure la mort d’un grand homme parti en héros. Des sources officielles parlent d’un million 400 mille participants aux funérailles, qui n’ont pas échappé, même en ce jour de deuil, aux soins des forces de l’ordre.










Les islamistes : pourquoi ?

La conclusion se fera avec une question intrigante : pourquoi des peuples, qui ont longtemps été réprimés, qui ont fait des révolutions sanglantes en vue de voir instaurées dans leurs pays une vraie démocratie et une liberté d'expression, élisent des gouvernements qui n'y croient pas forcément ? Bien difficile de comprendre comment des fins politiques pourtant claires, enveloppées dans un discours religieux bien tissé, arrivent à pénétrer dans les esprits. Ceci est d'autant plus incompréhensible pour le cas de la Tunisie, majoritairement laïque sous l'ère Ben Ali, où les tunisiens étaient très ouverts d'esprit et jouissaient de beaucoup de liberté, en dehors de la liberté d'expression peut-être. 
La réponse ne date peut-être pas d'hier. Commençons par évoquer l'une des raisons les plus évidentes : le côté religieux a toujours été un point faible dans les sociétés musulmanes. Arriver au pouvoir a donc été plus facile en insistant sur la religion, en intégrant des versés de Dieu dans leurs discours. 
Un facteur très important joue en cette faveur : l'ignorance. Des gens qui n'ont eu aucune scolarisation, aucun enseignement, aucune méthode d'analyse. Mais le domaine de l'ignorance est bien plus large. Parce que nos programmes ne laissent pas de place au débat, à l'échange, à l'analyse. On ne fait qu'accepter, qu'avaler. 
Une autre raison parait tout aussi logique : les chaines télévisées de l'Orient s'invitant dans nos maisons, ces programmes qui présentent l'Occident comme étant un danger, un ennemi, un profiteur, qui cherche à anéantir notre culture pour que "le monde arabo-musulman ne retrouve jamais son passé glorieux". Ainsi, et pour combattre ce danger, réfutons le modernisme, la démocratie, la liberté ...

La conjonction de ces facteurs ajoutés à d’autres non moins importants ont amené à un repli sur soi, à chercher un refuge dans un passé nébuleux et se forger une identité illusoire, et au final, à l'expansion de l’islamisme et son corollaire le salafisme.

{Photos prises du site de Paris Match et de la page facebook : association des libres penseurs de la Tunisie.}

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